

14 avril 2026
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L’Afrique de l’Ouest francophone fait encore face à une fragmentation à plusieurs niveaux : paiements, systèmes financiers et logistique — autant d’outils essentiels au développement du commerce.
C’est précisément dans ces frictions que s’engouffre une nouvelle génération de startups.
La semaine dernière, nous avons parlé de Sikili, qui rend les smartphones plus accessibles dans des villes comme Abidjan et Dakar. Mais l’accessibilité financière n’est qu’une pièce du puzzle.
Même quand les gens peuvent acheter, acheminer les produits là où ils doivent aller est une tout autre histoire. Aujourd’hui, nous nous intéressons à Afrisends, une startup qui dit vouloir résoudre les problèmes logistiques.
En Afrique de l’Ouest francophone, il existe déjà des acteurs majeurs comme Logidoo, qui bâtit des réseaux de traitement des commandes, d’entreposage et de livraison du dernier kilomètre sur les marchés clés. Pourtant, la logistique ici n’est pas un jeu où tout revient au gagnant ; c’est un patchwork de lacunes, d’inefficacités et de solutions informelles.
Afrisends plante sa tente sur le segment B2B de ce marché, où elle estime que les défis persistent. Nous parlons de la startup, du parcours de sa fondatrice, et de sa vision de ce qui manque encore au secteur logistique en Afrique de l’Ouest.
Plongeons-y.
1. Le chaos logistique, raconté par une commerçante devenue fondatrice
Il suffit d’une image pour comprendre le problème. Des valises surchargées, un vol à 4h du matin, des kilos négociés au check-in. Et au bout du compte, un colis qui arrive peut-être, ou peut-être pas. Pendant des années, c’est l’unique option qui s’offrait à la diaspora africaine voulant envoyer quelque chose chez elle. Pour Zeinabou Sidibé Koné, franco-malienne et cadre financière à Paris, ce casse-tête récurrent d’envoyer un colis à sa mère à Bamako, est devenu le point de départ d’une entreprise.
“À un moment, tu arrêtes de subir,” dit-elle. “En 2019, j’ai commencé à prospecter des partenaires et à proposer mes premiers services à mon entourage. La demande était là, immédiatement. Ce n’était pas une idée, c’était un marché.”
Afrisends est née fin 2020. Cinq ans plus tard, la startup s’est transformée en opérateur de sourcing et de logistique internationale couvrant quatre pays d’Afrique de l’Ouest (Mali, Sénégal, Côte d’Ivoire, Burkina Faso) avec une holding en France, Afrisends Bridgeworld. Le problème qu’elle résout, lui, n’a pas changé. Ce qui a changé, c’est l’échelle à laquelle elle le résout.
Un marché massif, une infrastructure absente
La logistique en Afrique de l’Ouest francophone reste l’un des grands goulets d’étranglement de l’économie régionale. Le commerce intra-africain ne représente que 16 % du commerce total du continent, un chiffre qui reflète avant tout une réalité physique : les corridors logistiques entre pays sont fragmentés, coûteux et peu fiables. Selon un rapport par Afreximbank, les flux commerciaux entre les pays de l’Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA) seraient 3,2 fois plus élevés si 100 % des routes interétatiques étaient correctement pavées.
Pour les entreprises, les conséquences sont concrètes et quotidiennes. Les mesures non tarifaires et la lourdeur des procédures douanières freinent les échanges non seulement entre les membres de l’UEMOA et les pays extérieurs, mais aussi entre les membres de l’UEMOA eux-mêmes, selon un rapport du Fonds Monétaire International (FMI) publié en juin 2025. Accéder à des fournisseurs internationaux vérifiés de la Chine, Turquie, Europe, reste pour la plupart des PME ouest-africaines un exercice coûteux, risqué, et largement confié à des intermédiaires informels.
C’est là qu’Afrisends cherche à s’insérer. La plateforme prend en charge l’ensemble de la chaîne : identification du fournisseur, négociation, fret, dédouanement, livraison au dernier kilomètre. Côté B2B, elle opère sous la marque SIRA, un positionnement d’opérateur de sourcing, pas de simple transporteur.
“Penser en amont, c’est là que la valeur se crée,” explique Zeinabou Sidibé Koné.
Du B2C au B2B : une lecture de marché, pas une fuite
Les origines d’Afrisends sont B2C : colis de la diaspora, personal shopping, achats pour particuliers. Un modèle qui a fonctionné, mais qui montrait ses limites : forte saisonnalité, tickets moyens modestes, coût d’acquisition élevé.
En 2025, la startup a pivoté vers le B2B. Le résultat : une croissance accélérée et l’atteinte d’un résultat positif avant intérêts, impôts, dépréciations et amortissements (EBITDA).
“Le pivot vers le B2B n’était pas une fuite. C’était une lecture du marché,” dit Zeinabou. “Les entreprises d’Afrique de l’Ouest ont un problème structurel : elles n’ont pas accès à des fournisseurs internationaux fiables, elles paient trop cher, elles attendent trop longtemps, et personne ne les accompagne vraiment de bout en bout.”
Aujourd’hui, Afrisends travaille avec des grands comptes dans les télécoms, l’énergie et les infrastructures, des filiales de multinationales et des groupes panafricains. Ces contrats ont imposé une nouvelle rigueur interne : reporting, gestion du cash flow, tenue des délais.
“Le B2B est aujourd’hui notre activité principale, et cette bascule a été déterminante dans notre trajectoire,” elle a dit.
Le timing est logique. Le commerce inter-africain a atteint 208 milliards de dollars en 2024, en hausse de 7,7 % sur un an, porté notamment par la progression de la ZLECAf. Et la demande du côté des entreprises explose. Le segment transfrontalier du e-commerce en Afrique de l’Ouest est à lui seul projeté à 50 milliards de dollars d’ici 2028, porté par l’expansion des PME et les innovations dans les paiements digitaux. Mais la livraison du dernier kilomètre devrait représenter 50 % du coût logistique total dans le e-commerce africain, et c’est précisément là que les opérateurs non structurés s’effondrent.
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2. Construire la confiance dans un secteur qui en manque
Avant d’atteindre la rentabilité, Afrisends a dû résoudre un problème plus fondamental : la confiance. La logistique en Afrique traîne une réputation construite sur des années de retards, de colis perdus et de frais cachés. Convaincre les premiers clients sans historique était le vrai défi.
« La première difficulté, c’était d’établir la confiance. Il fallait rassurer, faire ses preuves, honorer ses engagements même quand c’était difficile », a déclaré Zeinabou. « Notre problème n’était pas notre marge — c’était notre volume. Afrisends a une structure de coûts saine. Quand le volume est là, on est rentable. »
Les décisions qui les ont menés là sont sans éclat : rester concentré, refuser les projets de mauvaise qualité, privilégier les clients à forte récurrence, et ne pas recruter avant que les processus soient solides.
Zeinabou a été formée pour ce type de rigueur. Ayant grandi professionnellement chez Deloitte Paris en audit externe, puis en contrôle financier groupe pour la zone Afrique au sein d’une entreprise américaine, elle a bâti Afrisends avec une discipline financière qui se démarque du profil habituel des startups logistiques.
« Ce parcours — rigueur financière, vision continentale — m’a donné les outils pour construire quelque chose de solide », a-t-elle déclaré.
Soutiens : de la mère à la conviction
Comme beaucoup de fondateurs en Afrique de l’Ouest, Zeinabou a construit Afrisends à partir des ressources qui l’entouraient, avant de se tourner vers les institutions.
Son premier soutien est venu de sa mère, qui a offert bien plus qu’encouragements. Elle a aidé à ouvrir des portes, fait des présentations, et donné à l’entreprise une crédibilité initiale à un stade où il y avait peu d’historique à faire valoir.
À la maison, son mari Lamine a apporté un soutien d’une autre nature. Sa constance et sa foi dans les moments d’incertitude ont aidé l’entreprise à traverser ses premières phases, même si ce type de soutien apparaît rarement dans les récits formels.
Puis vinrent les premiers clients. Des entreprises prêtes à travailler avec Afrisends sans références préalables, prenant le risque de faire confiance à un opérateur non éprouvé. Ces premières décisions ont laissé une impression durable.
À ce jour, Afrisends a grandi sans financement externe. L’entreprise s’est appuyée sur ses propres revenus, un choix qui a imposé une discipline dès le départ et façonné sa manière de gérer la croissance.
Désormais, alors qu’elle envisage de lever des fonds, l’enjeu ne se limite pas au financement. Zeinabou recherche des investisseurs qui comprennent les contraintes de la logistique en Afrique de l’Ouest, notamment les délais douaniers, le besoin en fonds de roulement important, et les longs cycles de paiement qui accompagnent les grands clients.
Ce qui manque encore à l’écosystème
La logistique en Afrique de l’Ouest francophone a encore besoin de davantage d’acteurs — davantage d’innovateurs. En particulier ceux qui résolvent le problème à l’échelle continentale.
Zeinabou estime que si les systèmes logistiques ont progressé, le marché souffre encore de plusieurs contraintes : le capital, les accélérateurs d’accompagnement en amorçage, et la visibilité pour les projets et startups qui construisent pour ce marché.
« Les programmes d’accompagnement ancrés dans les réalités opérationnelles locales [font encore défaut] », a-t-elle déclaré. « Beaucoup de programmes forment les entrepreneurs à pitcher. Peu les aident à traverser la vallée des 18 mois — quand l’euphorie des débuts est passée, et que les vraies difficultés commencent : la trésorerie, le recrutement, les processus, les clients qui paient à 90 jours. »
Le secteur a besoin de davantage de soutien pour la structuration opérationnelle. C’est là que les startups meurent, pas dans la salle de pitch, a déclaré Zeinabou.
La vision : un opérateur de référence pour l’Afrique de l’Ouest
Afrisends couvre actuellement quatre marchés, avec la Côte d’Ivoire comme hub opérationnel naturel. Les prochaines étapes sont Accra, Lagos, Conakry, et le Maroc pour le corridor maghrébin. Mais la logique d’expansion n’est pas avant tout géographique.
« Avant d’ouvrir un nouveau corridor, la question est : existe-t-il un écosystème business avec un besoin d’approvisionnement international non satisfait ? [Nous voulons] être l’opérateur de sourcing de référence pour les PME et les grands comptes à travers l’Afrique de l’Ouest. Pas un transporteur. Un opérateur qui pense en amont », a déclaré Zeinabou.
Pour les jeunes fondateurs franco-africains hésitants, son conseil est lucide : commencez par ce qui vous frustre, ce qui ne fonctionne pas, ce que vous avez vous-même dû surmonter. C’est là que se cachent les vraies opportunités — pas dans des rapports de marché soignés ou des cadres issus des grandes écoles de commerce.
L’Afrique n’est pas un seul marché, et la traiter comme tel est le moyen le plus rapide de se tromper. Ce travail exige de l’humilité, une écoute attentive et un ancrage profond dans les réalités locales.
Le timing est un mythe, a déclaré Zeinabou. On n’attend pas le moment parfait — on construit vers lui.
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